La chasse aux truffes, c’est un double projet : un film et une nouvelle.

Le film se déroule en Ombrie, la nouvelle, en France ou en Belgique. Deux façons de voir la même histoire, les deux faces du miroir.

Un moyen métrage de 43 minutes le scénario a été écrit par André et moi d’après une de mes nouvelles ; c’est comme ça que nous avions choisi de fonctionner. D’abord la nouvelle, à partir de l’idée que nous avions pour le scénario ; et puis ce scénario.

Ce film a été réalisé par André Buytaers et produit par Climax Films.


Le DVD a été réalisé et produit par Edern

Plus d’informations sur le projet

  • Extrait

    J’ai été surpris que Charlotte m’appelle. En même temps, à la première sonnerie de mon portable, j’ai pensé à elle. Avant de voir mon écran, sur lequel d’ailleurs ne s’affichait aucun nom. Ce qui, sans doute, a renforcé mon intuition : Charlotte est du genre à préserver farouchement son intimité et sa liberté. Ceux qui connaissent son numéro se comptent sur les doigts d’une main, et je connais les quatre autres ; ils ne la trahiront pas.

    quatre autres ; ils ne la trahiront pas. Elle voulait savoir si j’avais eu des nouvelles de Fred. Son frère, mon meilleur ami. Elle prétend qu’elle le déteste, j’ai beau jeu d’affirmer que je l’adore, et ce pour une raison identique : nous ne le voyons pour ainsi dire jamais. J’ai répondu à Charlotte que je l’avais eu au téléphone trois semaines auparavant et qu’il était alors perdu quelque part en Nouvelle-Zélande pour une raison pseudo-professionnelle qu’il inventerait dans six mois lorsqu’il aurait mis le pied en Argentine, sans savoir encore pourquoi.

    — Tu as toujours couvert ses conneries ! Tu sais très bien pourquoi il est toujours en train de fuir…
    J’ai mis sur le compte d’un réseau téléphone défaillant ce que d’autres auraient pris pour de l’agressivité dans la voix de Charlotte.
    — Je n’ai rien à couvrir. Je ne suis pas sa mère.
    — De grâce, Bruno, ne parle pas de sa mère !
    Ma repartie n’avait pas été des plus adroites et Charlotte avait désormais une bonne raison d’être agressive.
    — Désolé, repris-je aussitôt, je n’ai jamais été doué pour les dialogues. Mais pourquoi ce souhait de revoir ton frère, alors que vous ne pouvez pas échanger plus de trois phrases sans vous bouffer le nez ?
    — Charles va mourir.
    — Encore ?
    C’était parti tout seul. Charlotte laissa un blanc suffisamment sépulcral pour me le faire regretter et, pire, pour que je redoute qu’elle raccroche. Et même si, trois minutes plus tôt, je ne pensais pas à elle, rien ne me semblait à cet instant plus détestable et plus désespérant que la perspective de voir ce contact rompu.
    — C’est vrai que tu n’es pas doué, reprit-elle enfin d’une voix sourde. On croirait entendre Fred.
    — Avoue que…

    — Je sais. Mais cette fois, c’est vrai. Charles va mourir, Bruno, et son crétin de fils, mon enfoiré de frère, n’est pas là.

    Depuis son adolescence, Charlotte avait renoncé à appeler son père autrement que par son prénom. C’était dans l’air du temps, l’intéressé avait pris ça pour une preuve de maturité et non comme un manque d’affection. Conséquemment, l’aîné, Fred, qui conservait le « papa » familier, fut taxé d’infantilisme. Et depuis la même époque, Charles avait annoncé régulièrement son décès prochain. Comme pour l’enfant qui criait au loup, je comprenais que Fred ait fini par ne plus le croire, même lorsque le loup surgissait pour de bon.

    La voix de Charlotte s’était nouée. C’était un signe. Ma chance.
    — Je suis désolé, Charlotte. J’aime bien votre père. C’est… un personnage.
    — Il t’apprécie aussi.
    — Tu veux que je passe ?
    Un silence, d’abord, puis une voix radoucie de petite fille. Ou de femme très désirable.
    — C’est gentil, Bruno. Il est en soins intensifs. Pas beau à voir. Tu n’es pas son fils ; conserve une belle image de lui.
    — Qu’est-ce que…
    — Thrombose. Et puis tout le reste qui part à vau l’eau. Scénario classique.
    — Il est conscient ?
    Charlotte poussa un terrible soupir.
    — Parfois. Selon moi, plus que ce que prétendent les toubibs et les infirmières. Mais incapable de parler, à cause des tubes. Parler ou respirer, faut choisir…
    Quand Charlotte s’essayait au cynisme, c’est qu’elle allait mal.
    — Tu fais quoi ce soir ? Je t’invite.
    Je l’ai entendu sourire.
    — Et Christine ?
    — Partie.
    — Partie ?
    — Fini. On s’est séparés. En douceur. Elle est en Ombrie, pour l’instant… Pendant que je déménage, je lui prête ma maison, à Montecastello. Enfin, je ne la lui prête pas : elle a insisté pour payer la location. Je ne sais pas pourquoi je te raconte tout ça…
    — Des regrets ?
    — Tu sais ce que j’en pense.
    — Oui : « à quarante ans, on ne dit plus : je rêve, mais : je regrette. » C’est pour ça que je n’aurai jamais quarante ans. Cela dit, chacun ses maximes. Mais pour ce soir…

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