9782709636414-GBelgique, 1903. À l’âge de 9 ans Georges Lemaitre prend la décision de vouer son existence à Dieu et à la science. « La science n’a jamais ébranlé ma foi et la religion n’a jamais amené à mettre en question ce que je concluais de mes raisonnements scientifiques », écrira-t-il plus tard. La science a ceci de commun avec Dieu  : plus on découvre, plus on découvre l’étendue de ce qui reste à découvrir.

Formé en Belgique, puis aux États-Unis, il s’opposera à Einstein qui a imaginé un univers stable ; il sera d’ailleurs le premier contradicteur du génie à ne pas être rabroué, et Einstein finira par se rallier à cette idée révolutionnaire d’un univers en expansion, à l’origine rassemblée en un point ; l’hypothèse du Big Bang est née : Fiat lux…

Vincent Engel s’est plongé dans la vie d’un des plus grands savants du XXe siècle. Grâce à cette évocation à la fois rigoureuse et passionnante, on suivra Lemaître de sa formation scientifique et spirituelle à sa maturité où ses talents de mathématicien astronome inspirent ses successeurs, de son rôle de grand professeur à l’université de Louvain à celui de directeur de l’Académie pontificale des sciences où il contribuera avec Pie XII à rapprocher enfin l’Église des sciences.


Publication : Lattès (2013)

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  • Extrait

    Depuis deux ans, quand on me demande sur quel sujet je travaille, je réponds : «une biographie de Georges Lemaître». Le plus souvent, je ne récolte qu’un regard étonné. Parfois, dans les milieux proches de l’université de Louvain où j’ai le plaisir d’enseigner, on me répond : «C’est un auditorium, c’est ça ?» Parce que oui, la faculté des sciences de notre Alma Mater, qui jadis refusa de confier au chanoine la direction du nouveau centre de calculs numériques, a donné son nom à une salle de cours et à son Institut d’astronomie et de géophysique – notons toutefois que sur la page d’accueil du site de l’Institut, le lien «Qui était Georges Lemaître ?» n’est pas actif… Enfin, il m’arrive quand même d’obtenir cette réponse : «Ah oui ! le Big Bang !» Dans la foulée, on peut évoquer l’Univers en expansion, voire l’atome primitif.

    Précisons d’abord que Lemaître n’a pas découvert le Big Bang ; il l’a inventé. Comment ?

    On peut imaginer notre chanoine – les photos que l’on a de lui montre un homme ni laid ni beau, au visage très rond, et même triplement rond puisqu’il portera toute sa vie des lunettes rondes comme des planètes, rondeur qui s’étendra, avec les années, à son ventre, un regard franc et souriant, et le cou toujours cerclé du col blanc des prêtres d’alors – assis dans un profond fauteuil bourgeois au coin d’un feu. Il vient de reposer sa Bible dont il a relu pour la dix millième fois le premier chapitre de la Genèse et, dans les ronds – toujours des ronds, bien entendu – de fumée que lâche son cigare, il réfléchit. Feu, fumée, ronds concentriques qui s’éloignent en s’élargissant… Bible, «Au premier jour, Dieu créa»… Et si l’Univers était «la fumée et les cendres d’un feu d’artifice originel» ?

    Même s’il a utilisé ces termes pour décrire son idée, il n’empêche que le Big Bang de Lemaître est une intuition résultant de l’interprétation d’équations à ce point complexes que seuls les plus brillants spécialistes sont à même de les comprendre. Dans cette nébuleuse d’intelligence pure, le point précis de «l’atome primitif» – le seul que le grand public est à même de comprendre, du moins à un niveau assez superficiel – est une hypothèse qui n’a jamais reçu, de la part de Lemaître, «de formulation mathématiquement complète et adéquate[1]».

    Je suis romancier. Professeur d’université aussi, c’est vrai, mais en «sciences molles», comme on a coutume de dire. L’image du feu d’artifice me parle. Le concept de «courbure de l’espace-temps» évoque éventuellement des livres de science-fiction ; mais qu’est-ce que cela représente ? Et la quatrième dimension ? Si je suis inspiré, peut-être arriverais-je à faire comprendre pourquoi je n’y comprends rien…

     

    [1] LAMBERT Dominique, Un atome d’univers : la vie et l’œuvre de Georges Lemaître, Ed. Racine et Lessius, Bruxelles, 2000, p. 9.

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