Et dans la forêtToscane, 1928. Dans un village isolé et pauvre, la fille du maire, qui n’a plus prononcé un mot depuis la disparition de sa mère, semble s’éveiller à l’arrivée d’un cirque itinérant sur la place du bourg.

Bientôt s’installe une confrontation entre les saltimbanques et le maître des lieux. Que s’est-il passé, jadis, dans la forêt qui borde le village ? Quel mystérieux pouvoir possède le vieil éléphant de la troupe ? Où commence l’illusion, où s’arrête la réalité ?

Une histoire de rêve et d’évasion, pour réfléchir à la réalité du pouvoir et au pouvoir de la réalité.


Publication : Ker (2015)

  • Présentation

    Ce roman est le premier que j’écris pour des jeunes adolescents. Au départ, c’était une idée pour un spectacle, proposée à Franco Dragone après avoir découvert les shows de Las Vegas. Puis, avec Benjamin Cuvelier (qui a réalisé la couverture du roman), nous avons commencé à réfléchir à une bande dessinée. En attendant que Ben trouve le temps de s’y mettre, j’ai écrit le roman… La porte est toujours ouverte à la BD et au spectacle !

    Qui sait, quand la magie s’en mêle, tout est possible…

  • Extrait

    Assis sur la planche en bois à côté de Luigi, Sandro somnole. La route de terre est douce pour les roues du vieux chariot, et les deux chevaux, à l’avant, prennent leur temps sous le soleil pesant. À quoi servirait de courir ? Luigi laisse les rennes pendre et se fie à ses montures. Ils arriveront toujours à temps dans le prochain village ; là, faudra voir l’accueil. Il y a des fascistes qui n’aiment pas les saltimbanques, et le petit cirque de Luigi n’est pas du genre flamboyant. Depuis 1922 et l’arrivée au pouvoir du Duce, les affaires périclitent. Mais c’est peut-être une excuse. C’est peut-être lui, Luigi, qui vieillit. L’illusionniste s’illusionne avec ses « peut-être » ; il vieillit, et Mussolini n’y est pour rien. Ce qui n’empêche pas Luigi de détester Mussolini.

    Pourtant, en matière d’illusion, il faut reconnaitre que le Duce s’y connaît. Luigi a assisté à quelques meetings et il a vu comment les rues des villes et des villages paradaient en l’honneur de celui qui rendait à l’Italie humiliée son honneur et ses vertus… Ce que le saltimbanque réussit à faire dans le huis clos minuscule de son chapiteau, Mussolini l’accomplit à l’échelle d’un pays entier. Il a dressé les Italiens et les Italiennes, quitte à les dresser les uns contre les autres, il en a fait des moutons, ou des chats, ou des cochons pour certains, des loups pour d’autres. Tous viennent manger dans sa main, et tous redoutent son fouet. Luigi crache par terre ; jamais il n’aurait engagé ce Benito dans son cirque, même si la fortune était assurée. Jamais les spectacles de Luigi n’ont trompé les gens pour le plaisir de les berner. S’il les trompe, c’est pour leur offrir du plaisir, sans qu’ils soient dupes. Continue reading →